Politique Togo/Menaces terroristes au Sahel

Les Chefs d’États et de Gouvernements à la recherche d’une stratégie plus adaptée pour une paix durable au Sahel

Publié le vendredi 9 octobre 2020, par Kpelafia Biva

Alors que le monde est aux prises avec la pandémie de COVID 19, la situation dans la région du Sahel reste au centre des attentions et préoccupations des Chefs d’États et de Gouvernements de l’Union Africaine (UA). Les menaces à la sécurité auxquelles sont confrontés le Burkina Faso, le Tchad, le Mali, la Mauritanie et le Niger continuent de mettre a rude épreuve la sécurité humaine dans cette vaste région en accumulant le terrorisme, l’extrémisme violent et les violences inter-communautaires.

Cela se traduit par les pertes en vies humaines, des déplacements massifs de populations,une pression insupportable sur les ressources naturelles, démultipliant les effets de destruction des attaques terroristes et les pertes d’opportunités économiques qui s’en suivent.

Pour l’organisation continentale, le moment est venu de revisiter et d’adapter la stratégie de stabilisation de la région du Sahel, une seule stratégie si possible.

« Une approche multidimensionnelle est requise, combinant réponse militaire et sécuritaire, actions de développement, le primat de la justice et l’inclusion des communautés locales et des chefferies traditionnelles, les femmes et les jeunes dans la définition et la mise en œuvre des politiques », estiment-elle.

Bref, il s’agira d’une approche qui respire l’appropriation nationale et régionale, loin de toute imposition de model ou de projets de développement, celle devant favoriser la reconstruction du tissu social et la consolidation de l’unité nationale des pays du Sahel.

« Par delà son soutien multiforme,le devoir de solidarité a amené l’Union africaine à lancer l’initiative d’un déploiement d’une force de 3000 soldats pour soutenir les pays du G5 Sahel en complément des efforts en cours de lutte contre le terrorisme. L’initiative a suscité le soutien des pays du G5 Sahel et au-delà et nous sommes en consultation avec tous les États concernés et la CEDEAO pour finaliser le concept d’opération, en tenant dûment compte des précautions supplémentaires dues à la pandémie de Covid 19. Mais une nouvelle fois, les solutions militaires seules ne suffiront pas, nous aurons besoin d’approches globales, inclusives, concertées et collaboratives pour faire face à la multiplicité des défis dans la région », propose-t-elle.

Dans l’avenir, la transformation des défis sécuritaires dans la région du Sahel nécessitera un examen impartial , global et une lecture partagée des menaces et des défis, pour favoriser des réponses stratégiques et coordonnées.

« Nos États membres dans le Sahel devront s’attaquer aux causes structurelles a l’origine des frustrations et des troubles sociaux qui alimentent le terrorisme, l’insurrection et la violence inter-communautaire. En un mot, promouvoir la sécurité humaine avec toutes ses exigences. Notre Continent a changé et les Africains doivent s’approprier le processus et le cheminement vers un changement transformateur, induisant stabilité et prospérité avec le concours de nos partenaires et non plus sous leur dictée ».

Des stratégies opérationnelles en vue

Au plan opérationnel, le soutien aux initiatives africaines, y compris la mise en œuvre du PIP, le Plan d’action 2020-2024 de la CEDEAO en vue d’ éradiquer le terrorisme ; l’initiative de l’UA de déployer 3000 soldats pour soutenir la force du G5 Sahel dans la région du Liptako-Gourma et surtout le règlement urgent de la crise libyenne, sont de nature à conforter les efforts des pays concernés pour lutter contre le terrorisme, le crime organisé et dupliquer la stratégie de stabilisation du lac Tchad au Sahel.

Bien que la pandémie du COVID-19 pose une multitude de défis à la paix et à la sécurité en Afrique, elle nous offre également l’opportunité de mobiliser nos efforts, de manière décisive, pour mettre fin aux conflits violents sur le continent et s’attaquer à leurs causes profondes. Nous devons sortir des sentiers battus et toute idée innovante est la bienvenue afin de faire taire les armes en Afrique, en premier lieu celles portées par les terroristes et les extrémistes violents.

L’Accord signé avec les talibans , le 29 février 2020, peut inspirer nos États membres, si les conditions sont réunies, pour explorer le dialogue avec les extrémistes et les encourager à déposer les armes, en particulier ceux qui ont été enrôlés de force dans les rangs de ces groupes. Dans le même temps, nous devons réaffirmer notre détermination à stopper la propagation du terrorisme et de l’extrémisme violent, à assécher leurs sources de financement et à mettre un terme à leurs agissements criminels.

Avec la multitude d’arrangements sécuritaires et de forces de sécurité opérant au Sahel, une coordination adéquate, efficace et sous commandement africain s’impose plus que jamais. Cela est d’autant plus pressant face au déploiement attendu des 3.000 soldats de l’UA dans la région et d’autres initiatives extérieures. Nous devons avoir l’humilité d’evaluer les implications financières des déploiements actuels au Sahel, leur efficacité et envisager de renforcer davantage la confiance et l’investissement dans le perfectionnement des forces de défense et de sécurité locales.

Enfin, et pour consolider leur résilience,nous devons renforcer les capacités des institutions de lutte contre le terrorisme des États membres concernés. Des capacités locales durables de lutte contre cette menace sont le meilleur investissement à long terme pour prévenir de nouvelles attaques et la propagation de l’idéologie porteuse sur le continent africain.

En ces moments de lutte implacable pour le leadership mondial et la concurrence explicite des puissances en Afrique, les pays africains, sous le leadership de l’Union Africaine, doivent saisir toutes offres authentiques de partenariat et retenir celles porteuses,dans le respect mutuel, de plus-valu à nos populations et surtout a notre jeunesse.

Vaincre le terrorisme et l’extrémisme violent, par delà l’incontournable mise en œuvre de l’Accord de paix d’Alger, est possible si nous travaillons solidairement contre toutes les formes de menace et mutualisons nos moyens. Une coopération harmonieuse et effective a l’égard des facteurs sous-jacents la radicalisation, notamment la pauvreté, est nécessaire pour empêcher une plus grande propagation des activités terroristes en Afrique.

Sans ces efforts concertés, la pandémie de COVID-19 et la crise complexe en cours au Sahel agiront comme vecteurs du renforcement des frustrations et des griefs ayant permis à ces groupes criminels d’y prendre pieds. Cela rendra également plus difficile la prévention. Notre action collective et notre coopération sont plus que jamais indispensables pour l’avènement d’un Continent exempt de conflits.Il y va de la sécurité mondiale aussi.

Mathurin AZIAkPOR